Dans l'anorexie, il n'y a pas de juste milieu. Ce sont des sentiments extrêmes et parfois même opposés. C'est un conflit perpétuel. Un conflit perpétuel qui apporte la colère. J'étais plutôt calme comme fille. Ma mère m'expliquait que, quand j'étais petite, j'étais beaucoup plus « malléable » que ma s½ur, on arrivait toujours à me résonner. Mais ce calme va se transformer en tempête à cause de cette maladie. Je suis à fleur de peau et un rien me fait rentrer dans une colère folle, une fureur. Je supporte mal que l'on m'impose des choses, que l'on me force à faire quelque chose dont je n'ai pas envi. Lorsque ma mère me prépare à manger (pour être sûre que j'ai quelque chose dans mon assiette !!) qui ne me plait pas ou que je n'ai pas envi, je rentre dans une colère : je râle, je crie, je pleurs. Ce sont des caprices : « Je n'ai pas envi de ton truc » « Tu me soules à me préparer des trucs que je ne veux pas ». Je me braque contre ma mère qui fait énormément d'efforts pour m'aider. Une autre personne subit aussi cette colère : ma grand-mère. Mamie ne comprend pas ce qui m'arrive, pourquoi je maigris. Elle souhaite que je vienne manger chez elle. J'essaie par tous les moyens d'éviter d'aller déjeuner chez elle. Mais je fais des efforts car j'aime ma grand-mère et je n'ai pas envi de la priver de sa petite fille sous prétexte que je n'ai pas envi de manger. Lorsque je mange chez elle, elle me demande ce que je veux manger et je lui réponds toujours des légumes. Lorsqu'on est à table, ma grand-mère me propose toujours plus que ce que je veux, elle me force à manger de la viande et lorsque je refuse catégoriquement, elle me dit : « Tu ne tiendras jamais avec ce que tu manges ». Alors je rentre dans ma colère en lui disant que ça ne sert à rien de faire plus à manger que ce que je lui avais demandé car, de toute façon, je n'y toucherais pas. De plus, je ne veux pas de viande, je n'aime pas ça. Elle me soule, elle insiste et moi je suis bornée. Un jour, j'étais tellement en colère après elle lorsque j'étais à table, que je me suis levée et je suis partie. Ce comportement a énormément blessé ma grand-mère, j'en ai conscience maintenant. Je n'ai pas vraiment été tendre avec elle. Ce que faisait ma grand-mère partait d'un bon sentiment, mais moi j'étais dans mon processus d'autodestruction, et donc ce bon sentiment devenait une réelle contrainte.
Ainsi je rentre dans des cycles de culpabilité de plus en plus grandissants. Culpabilité face à la nourriture mais aussi coupable de mon comportement face à mes proches lors de mes éclairs de conscience. La culpabilité me ronge de l'intérieur et me rend très agressive. LA colère je l'ai expliqué mais l'agressivité non. Pourtant il y a un lien, un rapport entre ses deux « sentiments ». J'ai une agressivité orale envers ceux qui me rejette mais aussi envers ceux que la nature n'a pas gâté : les personnes obèses, laides, je n'hésite pas à les critiquer (derrière leur dos bien sûr) car ils ne répondent pas aux canons de beauté que je me suis fixée. Je suis aussi agressive envers les filles belles et bien foutues qui ne se privent pas de nourriture et qui restent malgré tout mince. C'est ce qui m'horripile le plus car MOI je fais énormément d'efforts pour être mince, pour avoir un corps qui me plait et ces filles mangent de tout (gras, sucré...) et ne prennent pas un gramme. C'est injuste !!! Je le sais très bien et ce depuis longtemps que si je ne fais pas attention à ce que je mange, je grossis très vite et je prends du poids très facilement. Et puis mon agressivité se retourne aussi contre moi, contre mon corps.
(ce chapitre est en cours de réalisation)