Ma première peur est celle qui m'a fait tomber là dedans, c'est la peur de rater mon examen, la peur de l'échec. Cet examen m'avait causé beaucoup de torts l'année précédente, il m'avait humilié, rabaissé et fait douter sur mes capacités « intellectuelles ». Alors cette année, je voulais absolument prouver que je n'avais pas fait une terminale littéraire pour rien. Ma peur de l'examen, je ne le ressens pas pendant les cours car je me jette corps et âme dedans : je prends des notes, je fais le travail demandé et j'interviens en cours. Mais dès que l'on a des « Devoirs Surveillés », des contrôles, des devoirs maison, je stresse à l'idée de ne pas réussir, de ne pas savoir. Je stresse beaucoup pendant mes devoirs et surtout lorsqu'on me rend mes copies. J'ai tellement envi de faire bien que je me mets une pression supplémentaire, je m'en bouffe la santé car quand je stresse je ne mange pas. Déjà que je ne mange pas car je me sens mal dans ma peau, alors avec le stress, en plus, je me ruine, je me pourris la santé.
Le Bac Blanc arrive et il permet de montrer notre niveau, c'est aussi un peu un bilan sur nos capacités. Et là bien sûr, j'ai peur de ne pas l'avoir ce bac blanc. Les épreuves se passent mais je n'ai pas confiance en moi, en mes capacités (malgré mes résultats qui sont en hausses). Je mise beaucoup sur la philosophie car lors de l'échec de mon précédent bac, j'avais eu 5/20 et de toute façon je ne pouvais pas faire pire. De plus cette matière est coefficient 7 donc elle n'est pas à négliger. Mais la philo s'est un peu aléatoire donc on ne sait jamais si on a réussi ou non. Mon Bac Blanc je l'ai eu avec mention AB !!! Ouf, je suis soulagée mais loin d'être rassurée car je doute : je me dis que j'ai eu de la chance, les sujets n'étaient pas trop dur et là je recommence à avoir peur.
Enfin lorsque l'échéance de l'examen du baccalauréat approche c'est intenable pour moi. Je suis épuisée physiquement car à ce moment, mon amaigrissement avait atteint un pic alarmant : 39kgs. Je suis fatiguée car je dors peu, je travaille beaucoup et je m'épuise en faisant beaucoup de sports (toujours dans l'idée d'un corps qui ne me plait pas). Le lycée nous « lâche » une semaine avant la première épreuve. Alors je rentre chez moi, je m'étais fait un planning de révision assez intense afin d'être potentiellement prête pour l'examen. La veille de mon épreuve de philosophie, je dors au lycée et c'est le seule jour où je me permets de ne rien faire, où j m'autorise à penser à moi et à faire autre chose. Ca me fait beaucoup de bien et je me couche dans le calme sans inquiétudes, j'oublie même que demain c'est le début de mon bac. Le lendemain matin, je vérifie si j'ai tous mes papiers administratifs nécessaires et je me rends seule, à pied afin que rien ne vienne me troubler. Arrivée au centre d'examen, je retrouve ceux de ma classe et de mon lycée et là je stresse, j'angoisse, je doute, j'ai l'impression de ne plus rien savoir, de n'avoir plus aucune références philosophiques et de ne plus connaître la méthodologie nécessaire pour faire des dissertations. Après avoir trouvé ma salle et ma place, les sujets nous sont distribués. Je vois le premier sujet : « Le juste et l'injuste ne sont-ils que des conventions ? » A la lecture de la question, j'ai limite les larmes aux yeux. « Le juste » et « l'injuste » je ne l'ai jamais vu en cours, « convention » je ne sais même pas ce que ça veut dire. Lorsque je lis le deuxième sujet, mes peurs s'envolent et je reprends confiance en moi : « le langage ne sert-il qu'à la communication ? » Ouf ! Un sujet sur la communication, le dernier chapitre que l'on a étudié et que je connais parfaitement (les problématiques générales, les références philosophiques, les philosophes...). J'établis un plan, je rédige et je sors au bout de 4h. Je sors du centre d'examen en hurlant tellement j'étais contente. Je retrouve ma professeur de philosophie, Mlle Renaudie, et je lui montre mon brouillon avec mon plan et mes arguments ainsi que mes références. Là elle me rassure en me disant que cela lui semblait bon et bien construit. Je suis contente, soulagée et prête pour les autres épreuves qui s'enchaînent à un rythme d'enfer. Cette année, j'ai souhaité repasser mes épreuves de français ( bac 2004, 5 à l'écrit et 10 à l'oral). Bien sûr, cela m'a donné des cours supplémentaires à réviser mais bon, au point où j'en étais !! Après mes épreuves écrites c'est au tour de l'oral : français et anglais. Le français se passe très bien mais l'anglais non. Pourtant en anglais, je me débrouille, je sais le parler et je le maîtrise assez bien mais là je n'ai rien maîtrisé du tout, j'ai perdu tous mes moyens. Je sors de la salle complètement déprimée. J'appelle mes parents en pleurs pour leur dire que j'avais tout loupé et que je n'aurais jamais mon bac. Alors sur le chemin entre mon centre d'examen et mon lycée, je fais des pronostics sur mes notes pour savoir si j'aurais mon bac ou non. Le moindre incident peut prendre des proportions énormes et me déstabilise beaucoup. Je suis en stress, en pleur, déprimée et surtout très fatiguée. Au lycée, je vois mon CPE qui me demande comment ça s'est passé et là je m'effondre en larme et je lui fais part des mes doutes et de mes peurs. A ce moment là, je suis sûre de ne pas avoir mon bac. Mais maintenant les examens sont terminés et je ne peux pas revenir en arrière, les dés sont jetés.
L'attente des résultats est longue, j'angoisse car je sens que tous les plans que j'ai mis en place pour mon futur (un BTS Tourisme) vont s'effondrer à l'annonce des résultats. Je suis mal, très mal, je ne me sens pas bien, je n'ai qu'une envie : c'est de n'être plus là afin d'éviter de décevoir de nouveau. Le jour des résultats c'était également le premier jour de travail au centre pour handicapés mentaux et de plus je travaillais du soir (14h – 22h). Donc je n'avais aucun moyen pour savoir si j'avais eu mon bac. Le midi à la TV, on voit des lycéens avec leur résultat et donc je me rue sur le minitel mais là déception, les résultats ne seront communiquer qu'à partir de 16h. Donc je vais travailler avec la boule au ventre mais surtout en sachant que je ne saurais la nouvelle qu'après 22h car il n'y a aucun moyen de me contacter, les portables ne passent pas. Au travail, les collègues sont très gentilles, me rassurent et me disent même que j'aurais dû demander mon jour pour aller voir mes résultats. Vers 16h, le téléphone du service sonne et pour plaisanter, avant de décrocher, ma collègue me dit : « Je paris que c'est pour toi ! ». Mais bien sûr ! Elle décroche, parle et me dit : « Laura c'est pour toi, c'est ton père » Là, la peur m'attrape, je tremble, j'angoisse, que va-t-il me dire ? Et Papa me dit que j'ai mon bac, ma s½ur est allée voir les résultats sur place au centre d'examen, et là comble du bonheur, j'ai mon bac avec mention Assez Bien. Je pleurs de joie, je suis super heureuse, mes parents me félicitent, disent qu'ils sont fières de moi. Mes collègues sont contentes pour moi, me félicitent aussi. Lorsque je débauche, mon portable ne cesse de vibrer à la réception de textos et de messages sur mon répondeur : des amis, des professeurs me félicitent. Qu'est-ce que je suis heureuse ! Je rentre à la maison, ma s½ur me dit qu'elle aussi a eu son bac. Je suis contente pour elle mais au fond de moi, je suis un peu dégoutée car Marie n'a rien foutu pendant 2 ans et elle a eu son bac STT du premier coup alors que moi j'ai trimé, bousillé ma santé pour avoir mon Bac L avec mention. J'aurais voulu qu'elle soit à la repêche juste pour qu'elle travaille au moins une fois dans sa vie. Mais bon c'est comme ça. On fête nos réussites ensemble, et bien sûr la peur de l'échec s'en va. Je suis bien mentalement, mais physiquement je subis les conséquences de mes stress, de mes angoisses qui s'ajoutent à mon mal être physique.



