Penser à l'avenir: mission impossible!

Penser à l'avenir: mission impossible!
En étant plongée dans la maladie, comment arriver à penser à l'avenir. L'avenir proche, je le conçois : décrocher mon examen, ce baccalauréat qui m'aura causé tant de torts. Mais mon avenir plus lointain celui qui me suivra toute ma vie. Il est vrai que je suis jeune, que j'ai encore le temps d'y penser mais ça commence à me trotter dans la tête. Et à 19 ans, on commence à avoir des envies de femme.
Durant ma maladie, ma vie sentimentale et sexuelle est un néant, un gouffre. C'est vrai, aucun homme ne veut d'une fille aussi maigre, mal dans sa peau et de surcroit dépressive. Alors je me retrouve seule, je ne plais pas. Les hommes détournent le regard et s'ils me voient c'est pour me dévisager avec compassion et parfois même dégout. Alors je me constitue une carapace contre la gente masculine qui ne daigne pas comprendre ce qu'il m'arrive afin qu'ils découvrent que sous ce corps frêle, il y a une personnalité qui ne souhaite qu'une chose, se montrer au grand jour.
En étant seule et célibataire, mes envies sexuelles diminuent pour devenir inexistantes. Un être humain est guidé par ses envies c'est un leitmotiv, quelque chose qui nous pousse à aller plus loin. Quand on commence à perdre cela, on devient un peu une sorte de robot, de fantôme. J'ai un petit ami au mois de novembre mais cela ne dure que deux semaines. Il sera le seul ! Pendant deux ans, je vais devenir une « célibatante » comme j'aime m'appeler mais ça ne cache que mon mal être intérieur.
Mon futur, je l'envisage avec un mari aimant et des enfants. Trouver un mari ne pourrait pas poser de problèmes mais avoir des enfants oui. Pourquoi ? Eh bien physiologiquement, cette maladie a des conséquences à long terme : l'arrêt de mes règles pendant cette période peut compromettre ma chance d'avoir des enfants. Je n'ai pas eu mes règles pendant près de deux ans, c'est très long pour un corps qui se constitue et qui se forme pour devenir afin un corps d'adulte. Ainsi ces dérèglements physiologiques sont un obstacle supplémentaire dans mon avenir.


(Ce chapitre est en cours d'écriture!)
# Posté le lundi 22 janvier 2007 07:22

Une culpabilité qui pèse lourd

Le mot d'ordre qui m'a suivi pendant toute ma maladie est la CULPABILITE. Une culpabilité a plusieurs niveaux. Et cette culpabilité est un poids qui m'a entrainé dans le fond.
Je culpabilise beaucoup au niveau de la nourriture. Le « régime » que j'ai entrepris depuis septembre, ces troubles alimentaires sont ponctués par des sentiments violents de culpabilité.
Mon premier sentiment de culpabilité se fera lors de mon voyage à Londres en compagnie de ma mère et de ma s½ur durant les vacances de Toussaint 2004. Face à ma mère et ma s½ur, je me dois de faire comme si tout allait bien, je ne pouvais pas me permettre de sauter un repas afin de ne pas éveiller leur soupçon. Et là, c'est l'effet inverse de l'anorexie qui se produit. J'ai tellement jeûné pendant plusieurs mois que j'ai des pulsions de nourriture. Je mange beaucoup le matin et le midi. Je mange jusqu'à en avoir mal à mon estomac qui n'a pas l'habitude de ce trop-plein de nourriture. Je me souviens d'un midi où l'on mangeait dans un restaurant, j'ai mal au ventre, j'ai l'impression que mon estomac va exploser. Alors, je me lève, je prétexte une envie pressente et je me dirige aux toilettes pour remédier à cette douleur. Je tente alors de me faire vomir. Je n'y arrive pas. Je n'ai jamais aimé vomir et ce depuis toute petite. Et là me voila, au dessus de la cuvette, les doigts dans la bouche pour tenter d'extraire cette nourriture de mon corps. Je suis hésitante à vomir et mon sentiment de dégoût face à cet acte remporte la partie face à mon courage. Et je ressors des toilettes le ventre encore plein mais surtout avec ce fort sentiment de culpabilité, la culpabilité d'avoir mangé. Ma culpabilité se traduit par des pleurs, de la colère mais aussi de la violence par rapport à mon corps. Plus tard ma mère m'avouera que le fait que je ne me fasse pas vomir était un garde fou pour elle car elle me connaît et elle sait que je n'aime pas vomir. Si j'avais passé cette étape là, elle m'a dit que les espoirs de guérison étaient minces.
Lorsque j'ai des pulsions de nourriture, je pleurs beaucoup car je m'en veux d'avoir mangé, d'avoir "succombé à la tentation" de la nourriture. L'anorexie c'est un peu un sentiment de contrôle de soi : j'arrivais à contrôler et à décider de mon apport de nourriture. Mais lorsque je mangeais trop, c'était comme si je n'arrivais plus à contrôler quoi que se soit, mes pulsions prennent le dessus sur ma volonté : je me sens impuissante. Je craque seule face à mon miroir qui me renvoie une image négative de moi. Je pleurs mais pleurer ne fait pas avancer les choses. Et donc je vais me faire violence, je vais faire violence à mon corps. Je vais alors me contraindre à faire du sport : de la marche, de la course, des exercices pour les abdominaux et les fesses. Bref, il faut que j'élimine tout ce que je mange. A côte de ces exercices supplémentaires, je fais de la danse et de l'équitation. Les jours où je ne fais ni de la danse, ni du cheval, je cours, je marche, je m'épuise. Tous les soirs, je me contrains à 100 abdos. Je pratique aussi une autre violence sur mon corps : je sers mon ventre avec une ceinture, je brutalise aussi mon corps en le frappant. Je me donne des coups de poings dans le ventre, les cuisses et les fesses car j'ai l'impression que cela le renforce. Je tire sur ma peau pour pouvoir décoller et éliminer le gras que je vois partout. C'est là que les expressions « se faire violence » et « il faut souffrir pour être belle » prennent tous leurs sens.
Une culpabilité qui pèse lourd
# Posté le lundi 22 janvier 2007 07:37

Une culpabilité qui pèse lourd (suite)

Une culpabilité qui pèse lourd (suite)
Dans l'anorexie, il n'y a pas de juste milieu. Ce sont des sentiments extrêmes et parfois même opposés. C'est un conflit perpétuel. Un conflit perpétuel qui apporte la colère. J'étais plutôt calme comme fille. Ma mère m'expliquait que, quand j'étais petite, j'étais beaucoup plus « malléable » que ma s½ur, on arrivait toujours à me résonner. Mais ce calme va se transformer en tempête à cause de cette maladie. Je suis à fleur de peau et un rien me fait rentrer dans une colère folle, une fureur. Je supporte mal que l'on m'impose des choses, que l'on me force à faire quelque chose dont je n'ai pas envi. Lorsque ma mère me prépare à manger (pour être sûre que j'ai quelque chose dans mon assiette !!) qui ne me plait pas ou que je n'ai pas envi, je rentre dans une colère : je râle, je crie, je pleurs. Ce sont des caprices : « Je n'ai pas envi de ton truc » « Tu me soules à me préparer des trucs que je ne veux pas ». Je me braque contre ma mère qui fait énormément d'efforts pour m'aider. Une autre personne subit aussi cette colère : ma grand-mère. Mamie ne comprend pas ce qui m'arrive, pourquoi je maigris. Elle souhaite que je vienne manger chez elle. J'essaie par tous les moyens d'éviter d'aller déjeuner chez elle. Mais je fais des efforts car j'aime ma grand-mère et je n'ai pas envi de la priver de sa petite fille sous prétexte que je n'ai pas envi de manger. Lorsque je mange chez elle, elle me demande ce que je veux manger et je lui réponds toujours des légumes. Lorsqu'on est à table, ma grand-mère me propose toujours plus que ce que je veux, elle me force à manger de la viande et lorsque je refuse catégoriquement, elle me dit : « Tu ne tiendras jamais avec ce que tu manges ». Alors je rentre dans ma colère en lui disant que ça ne sert à rien de faire plus à manger que ce que je lui avais demandé car, de toute façon, je n'y toucherais pas. De plus, je ne veux pas de viande, je n'aime pas ça. Elle me soule, elle insiste et moi je suis bornée. Un jour, j'étais tellement en colère après elle lorsque j'étais à table, que je me suis levée et je suis partie. Ce comportement a énormément blessé ma grand-mère, j'en ai conscience maintenant. Je n'ai pas vraiment été tendre avec elle. Ce que faisait ma grand-mère partait d'un bon sentiment, mais moi j'étais dans mon processus d'autodestruction, et donc ce bon sentiment devenait une réelle contrainte.
Ainsi je rentre dans des cycles de culpabilité de plus en plus grandissants. Culpabilité face à la nourriture mais aussi coupable de mon comportement face à mes proches lors de mes éclairs de conscience. La culpabilité me ronge de l'intérieur et me rend très agressive. LA colère je l'ai expliqué mais l'agressivité non. Pourtant il y a un lien, un rapport entre ses deux « sentiments ». J'ai une agressivité orale envers ceux qui me rejette mais aussi envers ceux que la nature n'a pas gâté : les personnes obèses, laides, je n'hésite pas à les critiquer (derrière leur dos bien sûr) car ils ne répondent pas aux canons de beauté que je me suis fixée. Je suis aussi agressive envers les filles belles et bien foutues qui ne se privent pas de nourriture et qui restent malgré tout mince. C'est ce qui m'horripile le plus car MOI je fais énormément d'efforts pour être mince, pour avoir un corps qui me plait et ces filles mangent de tout (gras, sucré...) et ne prennent pas un gramme. C'est injuste !!! Je le sais très bien et ce depuis longtemps que si je ne fais pas attention à ce que je mange, je grossis très vite et je prends du poids très facilement. Et puis mon agressivité se retourne aussi contre moi, contre mon corps.

(ce chapitre est en cours de réalisation)
# Posté le lundi 22 janvier 2007 07:39
Modifié le jeudi 25 janvier 2007 13:53

Le cheval pour passion

Je suis une grande amoureuse des animaux que j'ai toujours connus : chien, cheval, vache, lapin, poule... J'ai grandi avec et lorsque j'étais enfant je voulais être vétérinaire ou éleveur de chiens ! Mes chiens sont généralement les 5ième et 6ième personnes de la famille.
Le cheval et l'équitation prennent une grande part dans ma vie. Etant fille et petite fille d'éleveurs de chevaux, il est normal pour moi d'être aussi dans cet univers là. A peine je savais marcher que mon père me posait déjà sur un cheval.
Mais à coté de cela, j'ai eu un parcours équestre assez chaotique. J'ai commencé le poney très jeune vers 5 ans. Mes parents m'avaient inscrite ainsi que ma s½ur au Club Med de Pompadour pour suivre des leçons. A cet âge là, on n'est pas très courageux et moi mon courage est vite parti après une grosse chute. Suite à cela je ne voulais plus monter sur un poney de ma vie. A ce moment là, on ne peut pas parler de passion. Mais à la maison, j'aime être avec les chevaux, j'aide mon père et mon grand-père à rentrer et sortir les chevaux, à les nourrir et à assister aux naissances de nos poulains. Vers l'âge de 12 ans, je voulais monter et me balader avec le cheval de la maison : Gamin. Mais mon père m'a dit que si je voulais le monter seule je n'avais qu'à prendre des cours d'équitation afin d'acquérir les connaissances et les compétences nécessaire pour que je puisse me débrouiller seule avec un cheval. De plus, mon père ne voulait pas être constamment derrière moi lorsque je montais Gamin.
Alors nous nous rendons avec ma s½ur dans le centre équestre le plus proche : le centre équestre de Laleu. Là on y trouve une ambiance familiale et de sécurité. C'est dans ce centre équestre que la passion me gagne et ça va durer trois ans. Mais lorsque le centre équestre ferme je n'arrête pas totalement l'équitation. J'intègre un autre centre équestre où je vais pratiquer la voltige. Mais là rien de bien transcendant. Je monte à cheval afin d'avoir une passion commune avec mon père qui souhaite qu'une chose que ses filles soient des mordues de cheval comme lui. Un jour, mon père rencontre une jeune fille cavalière de concours et là il dit : « J'aimerai bien que mes filles soient comme toi. » Ca fait mal d'entendre ça et c'est dévalorisant aussi. Enfin mon épopée vers la passion atteint son apogée au centre équestre « les Ecuries du Mas » que j'intègre en novembre 2004 (au début de ma maladie).

Là bas, je redécouvre l'ambiance familiale que j'aime tant et qui me sécurise. Après un cours concluant, je me rends régulièrement une fois par semaine au centre : le samedi. Stéphane, mon moniteur, ne me brusque pas, ne me force pas et surtout me rassure. Etant assez trouillarde, j'avais peur de la vitesse et de l'obstacle. Ces deux peurs, je les affronte et je passe par-dessus grâce à Sanka. Je progresse et je suis bien. Je fais connaissance avec les autres cavaliers mais aussi avec les membres de la famille de Sanka qui sont adorable avec moi. Cette chaleur humaine me fait du bien, me rassure. La semaine je vis dans huit mètre carrés où je m'enfonce dans la maladie, où je travaille constamment la tête dans les livres. Cette heure d'équitation est une libération, une bouffée d'oxygène où j'oublie mes soucis et où je me concentre sur une seule chose : progresser et prendre confiance. Mon mal être disparaît dès que je franchis le portail du centre.
Plus je m'enfonce dans la maladie et plus j'ai besoin d'aller au centre équestre. C'est ainsi que je vais monter une deuxième fois dans la semaine : le mercredi. Monter le mercredi me permet de faire une coupure dans la semaine. C'est une libération supplémentaire.
La passion grandit petit à petit et devient très présente dans mon quotidien car je parle beaucoup de mes cours d équitations, de ce qui s'est passé, des progrès que j'ai fait. Et au fur et à mesure, mes peurs de la vitesse et de l'obstacle s'envolent. Je me sens vraiment en sécurité, je me sens bien, je me sens VIVRE.
Comme on dit un bon cavalier doit savoir tomber et pour tomber ça je sais faire. Malgré mon faible poids, je ne me suis jamais rien cassée et pourtant je suis tombée de nombreuses fois. Mais ces chutes ne me font pas prendre conscience de ma maladie.
Sanka organise un premier concours au centre équestre en mai 2005, je m'y inscris pour faire deux tours de CSO. Mon premier tour se passe relativement bien mais le deuxième se passe assez mal : je fais beaucoup de refus et les barres tombent mais surtout je manque de faire un malaise sur le cheval. Je suis extrêmement fatiguée, épuisée physiquement. Je ne tiens plus. Je finis tant bien que mal mon parcours mais j'ai la tête qui tourne, j'ai des douleurs dans les bras, des fourmis dans tout le corps. Il est vrai qu'à 41kg enchainer deux parcours c'est très dur. C'est là que je prends conscience de mon état physique déplorable : j'ai mis en péril ma passion à cause de ma santé. Je ne veux pas que ma maladie vienne pourrir ce qui me fait vivre car si par malheur je faisais un malaise à cheval, c'était direction l'hôpital et ça NON. Et puis pour faire de l'équitation, il faut du poids, de la masse pour pouvoir tenir sur un cheval.
Ce qui m'a vraiment aidé dans cette passion et dans ce centre équestre, c'est que Sanka et ses proches ne m'ont pas jugé sur mon état physique car ils ne m'ont jamais connu en bonne santé. Et ils ont passé outre ma maladie pour que je me concentre sur l'équitation. Ils ont fait sortir ce qui y avait de bien en moi et non la maladie. Car toute la semaine, on me rabâchait à longueur de journée que j'étais maigre, malade et que je ne ressemblais à rien. Je n'avais que des réflexions sur ma maladie et ça m'enfonçait encore plus. Au centre équestre, je n'avais aucune réflexion de ce genre et ils m'ont aidée. Je me sens redevable envers le centre équestre car ils m'ont vraiment beaucoup apportée et donc j'aide au maximum Gégé, Nadine, Elina, Hugues, Sanka dans toutes les taches du quotidien.
Pendant la maladie, je suis en révolte constante auprès des êtres humains et donc je me tourne vers les chevaux, ces animaux qui ne me jugent pas et qui m'acceptent comme je suis.
Et je développe une relation avec un cheval qui va me donner envi de me battre pour vivre : Kilime.


(ce chapitre est inachevé)
Le cheval pour passion
# Posté le mardi 23 janvier 2007 04:07
Modifié le jeudi 01 mars 2007 08:40

Les articles à venir

L'écriture de mon livre prend beaucoup du temps et j'essaie de mettre en ligne le plus rapidement possible. Mais je vais vous donner les titres de mes futurs articles:
- On n'est (naît) pas jumelle pour rien
- Mes peurs
- Ma meilleure ennemie
- Révoltée
- Manger par procuration

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# Posté le jeudi 25 janvier 2007 13:43
Modifié le mercredi 21 mars 2007 09:32